Famille Samain

Famille Samain

INTRODUCTION

au Tome I édité en 1953.

La plus grande charité envers les morts, c'est de ne pas leur prêter de sublimes attitudes, mais de les rapprocher de nous.

François Mauriac.

Les archives générales du Royaume signalent sur les registres de la Chambre des Comptes, des Samain et des Samyn dans la Châtellenie de Courtrai.

Ils  étaient  inscrits  en  qualité  de  Bourgeois  forains  de  Courtrai  et  payaient  une redevance  annuelle  de  3  patards  :  petite  monnaie  anciennement  en  usage  dans  les Flandres.

Outre la Noblesse, il y avait Ie Peuple et la Bourgeoisie. On appelait Bourgeois, non tous les habitants  d'un  bourg  ou  d'une  ville,  mais  ceux  d'entre  eux  qui  faisaient  partie  de  la communauté appelée a I'administration communale.

L'origine de la Bourgeoisie a été très discutée : c'est un esprit d'association né surtout du besoin de protéger des intérêts économiques qui créa la bourgeoisie. De fait, elle se recruta presqu' exclusivement parmi les marchands et les propriétaires fonciers.

La qualité de bourgeois devint héréditaire et l'histoire des communes montre combien cette bourgeoisie, jalouse de ces prérogatives professionnelles, maintenait, par ses corporations de métiers, une sorte de monopole du commerce et de l'industrie.

Ce n'est qu'en 1791 que l'Assemblée Nationale en France proclamait enfin la liberté du travail  et déclarait  que désormais  « il serait  libre  a toute personne  de faire  tel négoce, d'exercer telle profession, art ou métier qu'elle trouverait bon ».

Un bourgeois forain de Courtrai était un bourgeois du dehors, qui habitait Ie territoire situé hors des murs de I'enceinte fortifiée de la ville ou I'une ou I'autre commune rattachée a la Châtellenie.

Il y avait des Samain et des Samyn inscrits à Lauwe et à Reckem en 1550, à Rollegem en
1575, à Courtrai hors les murs en 1625.

Les tables onomastiques qui correspondent aux anciens registres baptistaires tenus par les curés indiquent que pendant les 17eme  et 18eme  siècles, les Samyn se rencontraient surtout dans les régions de Courtrai, Ypres, Ostende, tandis que les Samain résidaient dans le Sud de la Flandre Occidentale, Ie Hainaut et la Flandre française.

Il y avait des SAMAIN à Lille où naquit le poète Albert SAMAIN en 1859, des SAMAIN à Tournai, à Nivelles.

A Dottignies, pendant ces XVIIe et XVllle siècles, on relève :
82     SAMAIN
56     SAMIN
17     SAMYN
2     SAMAYEN
1     SAMAYN
1     SAMAEIN

Très probablement s'agit-il la d'un seul et même nom, écrit au hasard de la prononciation et de la langue, tant du déclarant que du scribe qui l 'enregistrait. A Dottignies, c'est en 1604 qui les registres baptistaires relatent pour la première fois la naissance d’un SAMAIN. Rien toutefois ne permet de conclure a I'identification de cet enfant avec Jean SAMAIN, notre ancêtre certain qui, en 1625 se maria a Dottignies.

Quelle est I'origine du nom de famille SAMAIN ?
Le christianisme avait détruit, en Gade et ailleurs, les noms de famille et gentilius Romain, qui  avaient,  après  la  conquête  de  Jules  César,  supplanté  les  noms  gaulois.  Pendant I'époque Franque et dans les débuts de I'époque Capétienne, il n'y avait plus de noms de famille, mais seulement des noms de baptême : noms individuels qui changeaient presque toujours d'une génération a I'autre et qui, peu à peu, s'accompagnaient d'un surnom.

Ce n'est qu'a partir du XIIeme  siècle, dans quelques villes comme Arras, et, dans la majorité des cas, à partir du XIIIeme siècle que Ie nom devient héréditaire, tantôt c'est Ie nom de baptême, sous une forme altérée, tantôt c'est Ie surnom qui provient du nom de la terre, du métier exercé ou d'une particularité de la maison. C'est aussi Ie sobriquet, caractéristique de la  psychologie  de  nos  ancêtres  railleurs,  sans  indulgence  pour  les  tares  physiques  ou morales et amateurs de termes crus, qui I’emporte et devient héréditaire.

Stabilisés vers Ie XVeme siècle, ces noms de famille se sont fixés avec I'organisation des registres de l'Etat Civil que François I rendit obligatoires en 1539 et qui furent tenus par les curés jusqu'a la Révolution Française.

L'Etat Civil, tel qu'il existe aujourd'hui, date du décret de la Convention du 20 septembre
1792.

Dans son dictionnaire  étymologique  des noms  de famille,  Ie professeur  Albert  DAVZAT
écrit :
"SAMAIN (Nord) SAMIN (Normandie)
"ancien français SAMIN, fine étoffe de soie : surnom probable "de marchand " .

D'autre part, il existe dans Ie Nord de la France, à 15 kilomètres de Douai, une commune qui porte Ie nom de SOMAIN …


Les SAMAIN sont-ils d'origine française ?

Etymologiquement, Ie nom est Français et, sans doute, les premiers SAMAIN sont-ils nés là où I'on parlait Ie Français. En fait, ils vécurent sur Ie territoire dévolu à Charles Ie Chauve, Roi de France, par Ie traité de Verdun en 843 et qui s'étendait au Nord, jusqu'à la plaine tant française que flamande que I'Escaut séparait de la mer.

Baudouin, Bras de Fer, gendre de Charles le Chauve, reçut l'investiture de ce territoire qu'il gouverna en tant que fonctionnaire Royal.

Son fils, Baudouin II, après les invasions normandes au IXeme siècle, reconquit le pays : c'est lui qui fut le véritable fondateur du Comté de Flandre qu'il posséda a titre personnel et héréditaire mais sous la Suzeraineté du Roi de France.

A Ia mort du dernier Comte de Flandre, Louis de Male, en 1384, sa fille unique, Marguerite, qui avait épousé Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, apporta le Comté de Flandre a la famille de Bourgogne.

C'est ainsi que l'on peut dire que si les SAMAIN furent les sujets du Roi de France, ils furent surtout les enfants de la Flandre opulente et les héritiers de la fière Bourgogne ......

Mais la médaille avait son revers.

Ces territoires, les plus riches de l'Occident, étaient gouvernés par des princes puissants et ambitieux qui supportaient mal, tantôt l'arrogance des villes, tantôt la main-mise du Roi de France qui cherchait à resserrer les liens qui les rattachaient a la couronne.

Des guerres, des batailles s'en suivirent avec toutes les destructions et les réquisitions qu'entrainait le passage des armées.

Puis ce furent les guerres de religion, plus terribles encore, dont la révolte des iconoclastes en 1566 et la répression terrible du Duc d’Albe, furent les épisodes les plus sanglants.

Enfin après l'ensablement du Zwyn qui avait ruiné le commerce et la ville de Bruges au XVeme  siècle, venait, à la fin du XVIeme  siècle le blocus des rives de l'Escaut par les troupes calvinistes de Maurice de Nassau : c'était la ruine d’Anvers que devait consacrer le traité de Munster de 1648 et qui mettait fin à la guerre de trente ans.

*

Quelle était, en 1625, la situation du pays, c'est-à-dire, sous quel régime politique et dans quelle  conjoncture  économique  avait  grandi  l'homme  qui,  répondant  au  nom  de  Jean SAMAIN, vint se marier à Dottignies pour y fonder une famille d'agriculteurs ?

Au début des années 1600, ce qui restait de l'héritage de Bourgogne était indépendant et gouverné par les archiducs Albert et Isabelle d'Espagne, qui eurent un règne de restauration relative  et de paix ; c'était  Ie temps  des Rubens,  des Van Dyck,  des Jordaens  et des Teniers !....

A cette même époque régnait en France le Roi Henri IV qui s'efforçait de relever son malheureux pays, ruiné par les guerres de François I et les guerres de religion.

Ce grand roi qui voulait que chaque famille paysanne eut la poule au pot tous les dimanches sût choisir un grand ministre, Sully, qui favorisa la renaissance de l'agriculture.

Pastourage et Labourage sont les deux mamelles de la France et les vrais mines d'or du
Pérou, proclamait-il.

Sully voulait ramener dans leurs terres les soldats gentilshommes du bon roi Henri qui, les guerres  finies,  se  ruinaient  a  Paris  dans  des  spéculations  sur  les  Amériques  que  des hommes d'affaires peu scrupuleux avaient littéralement découpées en sociétés financières ou d'exploitation.

Or, un phénomène économique révolutionnait a ce moment la vie rurale.

La hausse des prix amorcée au XVeme  siècle et précipitée au XVIeme  par I'afflux des métaux précieux, I'or et surtout I'argent, vint quintupler le prix du blé.

Plutôt donc que de rester a la cour et de briguer des honneurs qui coûtaient cher, Sully conseillait aux compagnons du Roi de retourner dans leur provinces.

Malgré tout, les domaines seigneuriaux se morcelaient : Ie féodal qui n'avait jamais rêvé que chasse et guerre devenait courtisan.

Les châteaux n'étaient plus que des résidences d'été ou des lieux d'exil volontaire ou momentané a la suite d'une défaveur royale.

Tandis que les intendants vendaient tantôt I'une, tantôt I'autre terre pour subvenir aux dépenses de leurs maîtres, une nouvelle classe de la société prenait naissance : la classe des gentilshommes campagnards, que l'achat d'une terre anoblissait.

Elle était recrutée parmi les bourgeois et les paysans que I'essor économique qui suivit l'unification des provinces par le raffermissement du pouvoir royal, avait enrichis.

Ces nouveaux propriétaires plus près du paysan, le comprenaient mieux ; plus habitués aux affaires, ils apportèrent à l'exploitation de leurs nouveaux domaines l'esprit d'organisation et d'économie qui leur avait réussi.

Ils édifièrent des manoirs et des gentilshommières au milieu des terres qu'ils cultivaient et défrichaient ; souvent ils subdivisaient celles-ci en autant de fermes qu'ils remettaient a bail contre payement en argent. Le servage disparut pour faire place au ''manouvrier journalier" qui trouvait a louer ses bras moyennant salaire et nourriture.

Le type du gentilhomme campagnard était Olivier de Serves. Encouragé par le Roi il écrivit en 1600 son livre "Le théâtre de l'agriculture et mesnage des champs".

Ce livre célèbre enseignait comment il fallait améliorer la terre et I'amesnager pour recevoir des cultures nouvelles.

Mais son mérite ne s'arrêtait pas la : il donnait des conseils et expliquait à ces nouveaux maîtres comment il fallait se comporter :
" Le lever matin enrichit, le lever tard appauvrit ....
" .... le maître prendra soin de la nourriture, car les vivres doivent
" être bons et francs : il ne prendra pas en coutume de regarder ses
" manouvriers manger, comme semblant compter leurs morceaux, " mais avec quelque liberté les laissera dans la cuisine a telles
" heures, se chauffant et gaudissant ensemble".
" .... pour l'utilité et l'agrément, il faut se choisir une compagne
" vertueuse, active, économe" .
" .... Une femme menasgère entrant en une maison I'enrichit, une
" dépensière ou fainéante destruit la riche".

Est-ce à la suite d'une lecture ardente du théâtre de l'agriculture que Jean SAMAIN - fils de bourgeois forains de Courtrai, que la prospérité d'Arras et de Bruges avaient enrichis, mais que la fermeture  de l’Escaut  avait définitivement  ruinés  - décida  de sa vocation  et vint épouser Maria Delattre a Dottignies ?

Mystère.

Ce qui est certain c'est que Ie marchand de fine étoffe de soie devait ressentir dans son commerce les effets du blocus de Bruges et d' Anvers.

Ne pouvant se tourner vers I'industrie dont les corporations des villes se réservaient jalousement Ie monopole, il opta pour I'agriculture, épousa une fille de ferme de Dottignies et devint fermier a son tour.

Monsieur l'Abbé Slosse démontra par ses recherches généalogiques que ce mariage fut heureux puisque les enfants de ce Jean SAMAIN s'allièrent de suite aux bonnes familles de la région : tel ce Louis SAMAIN, né en 1703 et qui épousa une héritière de Jean DU BUS châtelain de Clercamp.

*

Nés dans les territoires de I'ancienne Belgique, les SAMAIN aimaient la vie et tenaient volontiers table ouverte pour recevoir leurs amis.

Sensibles, Ie coeur sur la main, plus emportés que violents, si parfois il leur arrivait d'être mêlés à une querelle, celle-ci une fois vidée, ils étaient sans rancune.

De  caractère  tenace  et réfléchi,  ils vont  selon  leur coeur  : trop  fiers  pour  accepter  les avantages ou les honneurs d'une servitude dorée, ils ne s'entêtent pas devant I'évidence des choses ou du progrès.

Sans doute, Ie génie n'est-il pas leur fort, mais ils ont l'intelligence de l'effort et Ie souci de bien faire. Mesurés dans leurs ambitions, ils sentent d'instinct toute la modération que Ie bon sens exige, sans s'effrayer devant une responsabilité à prendre ou un obstacle à vaincre.

A l'heure actuelle, la famille SAMAIN est toujours une famille d'agriculteurs. On les retrouve en Flandre, en Wallonie, en France, même il en est qui sont au Congo pour y faire de I'élevage ou de I'agriculture.

Si d'aucuns sont devenus commerçants, industriels ou ont embrassé des carrières libérales, c'est que, cadets de familles nombreuses, ils devaient chercher ailleurs leur place au soleil.

Quelques   uns,   les   meilleurs,   répondant   à  l'appel   de   Dieu,   se   sont   faits   Prêtres, missionnaires, religieuses. Il y eut parmi eux des bâtisseurs d'église, comme le curé de Warneton, des doyens, des chanoines, des directrices de couvent... mais il y eut surtout le brave missionnaire Alidor, qui compta plus de 40 années de Congo, et en l'honneur de qui, spontanément, seétait déroulée la belle fête du 22 mai 1948 du Mont-St-Aubert.

La ferme elle-même eut ses héros : vers les années 1880 l’agriculture belge fut menacée dans ses forces vives par l'importation des blés d'Amérique. Apres l'or des conquêtes espagnoles qui vint déprécier la valeur de la livre tournois au XVIeme siecle, c'étaient les immenses champs de blés d ' h é r i q u e qui déversaient le trop plein de leurs récoltes sur le monde et particulierement  en Belgique - pays libre échangiste - et que ne protégeait aucune douane.

Les  SAMAIN  de  St-Genois,  d'Helchin  et  de  Pottes  comprirent  le  danger  :  a  la  culture extensive des Américains, ils allaient opposer la culture intensive. Sans doute, les progres des sciences naturelles et leur application a l'agriculture étaient-ils connus, mais le fermier neosait pas s'aventurer a la suite des savants.

Il fallut la nécessité et l'audace de quelques uns pour rompre avec la tradition et vaincre la routine.

Cette audace, les SAMAIN de St-Genois, d’Helchin et de Pottes l’eurent les premiers dans leur région et ce fut à M. Remy SAMAIN que revint l'honneur d'être allé en Angleterre, en mission d'étude et d'en revenir avec des semences sélectionnées qui, transplantées sous un climat plus favorable, devaient faire fortune.

Ce furent les SAMAIN qui, a la suite, des découvertes du savant Liebig, jeterent à pleines mains l'engrais chimique sur leurs terres, au plus grand étonnement, pour ne pas dire sous les sarcasmes, de leurs collegues ahuris.

Ce furent eux encore qui intensifierent la culture industrielle et introduisirent la betterave dans leurs lourdes terres argileuses.

Mais  devant  cette.  activité  nouvelle,  une  grave  question  se  posait  :  la  question  des transports.

Il ne s'agissait plus de suffire a la remise de mars, a la fenaison, a la moisson et a la récolte des pommes de terre, il fallait assurer les ensemencements d'hiver et décharger les champs de betteraves ou de chicorées jusqu'a travers les pluies de I'automne.

Ce fut M. Cyrille SAMAIN, Bourgmestre de St-Genois et beau-frere de M. Remy SAMAIN, qui,  Ie  premier,  tira  de  l'orniere  Ie  fermier  embourbé  dans  ses  chemins  de  terre  et  lui construisit des routes macadamisées jusque dans la cour de sa ferme.

Conseiller provincial, il eut I'honneur de porter a la tribune I'exemple de son activité et d'exposer aux services publics que l'agriculture était devenue une richesse nationale et non plus une qucstion de baux ou de loyers entre particuliers.

Il y eut et il y a encore des SAMAIN, Bourgmestres de leurs communes, tels des Henri SAMAIN, des Hervé SAMAIN, des Joseph SAMAIN qui se sont dévoués et se dévouent encore au bien commun.

A l'heure actuelle, le Bourgmestre de Pottes ne lutte-t-il pas pour assécher les marais de son village que, jusqu'ici, la routine et l'ignorance abandonnaient aux canards ?

Sans doute, d'autres SAMAIN mériteraient d'autres éloges, mais pourquoi les citer puisque nous les connaissons et que nous sommes fiers d'être de leur famille .

*

En terminant, il nous reste un devoir a remplir.
C'est un devoir de gratitude et d'hommage envers Mademoiselle Sabine SAMAIN.

C'est elle qui s'est donné la peine de faire toutes les démarches, toutes les recherches nécessaires a l'élaboration de l'arbre genéalogique de la famille.
C’est avec émotion que nous la remercions pour sa persevérance et sa longue patience. Nous voudrions lui dire combien son euvre nous rapproche les uns des autres. Combien elle
nous fait comprendre que ceux que nous avons pleurés, partagent notre vie et continuent
d'exister parce que nous existons.

Il ne dépend que de nous qu'ils survivent et continuent II ......

Nous sommes heureux également de rendre un pieux hommage a la mémoire de Monsieur l'Abbé Slosse parent de la famille et de remercier amicalement Monsieur J. Jacquart de ses conseils.

Puissent ceux qui viendront apres nous, apprécier la beauté d'une réunion de famille comme celle qui eut lieu au Mont-St-Aubert et être assez heureux de pouvoir en recommencer une deuxieme, troisieme, toujours plus nombreuse et plus belle ......

A.S.